Patrimoine

Animation “avant/après” – Latresne

Animation “avant/après” – Latresne

Animation “avant/après” de l’Avenue de la Libération à Latresne (33), au niveau du pont de la Pimpine. La carte postale date du début du 19e siècle, et la photo d’avril 2020

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Source carte postale: mairie de Latresne

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La voie antique Bordeaux – Entre-deux-Mers

La voie antique Bordeaux – Entre-deux-Mers

Si les grands axes routiers de l’empire romain nous sont bien connus grâce notamment à des documents précieux comme l’Itinéraire d’Antonin, la Table de Peutinger ou encore l’Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, force est de constater que nos connaissances des routes dites « secondaires » en Gironde sont plutôt minces.

Ainsi, si partant de Bordeaux (Burdigala) les grandes voies sont référencées, telle celle partant au Nord vers Saintes (Medialanum Santonum) en passant pas Blaye (Blavia), ou celle se dirigeant au Nord-Est vers Périgueux (Vesonna) par Vayres (Varatedo), quid d’une pénétrante plein Est parcourant le plateau de l’Entre-deux-Mers ?

Il semble très probable qu’un tel itinéraire de crête, serpentant à la limite des bassins hydrographiques de la Garonne et de la Dordogne, devait parcourir le plateau de l’Entre-deux-Mers d’Est en Ouest à l’époque antique.

Léo Drouyn est du même avis lorsqu’il écrit en 1870 au sujet des voies romaines en Entre-deux-Mers: « Une autre voie devait traverser le milieu de l’Entre-deux-Mers et suivre la crête des coteaux qui divisent les bassins de la Dordogne et de la Garonne, où, plus tard, Tourny, intendant de la Guyenne, a tracé le grand chemin qui conduit de Bordeaux à Sauveterre. »
Sans doute ce tracé existait-il avant même la mise en place du réseau routier romain, qui la plupart du temps n’a fait que reprendre des tracés antiques en les améliorant.

Ces voies pré-romaines ont généralement pour caractéristiques de suivre le cours des rivières, sur une ligne de crête, « sans souci des pentes », de ne pas mettre en relation des centres urbains auxquels elles préexistent, et d’être plus sinueuses que les voies romaines.

Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, sous Louis XV, que l’on trouve la conception d’un autre système routier. Commencé par Trudaine, continué par Napoléon, ce nouveau réseau a été l’œuvre de tout le XIXe siècle.

A travers cet article, nous allons essayer de prouver en utilisant divers arguments, que le tracé que nous avons repéré entre Floirac et Fargues-Saint-Hilaire, correspond bien à une voie antique, peut-être romanisée par la suite, partant de Bordeaux pour se diriger vers l’Est, sur la ligne de crête séparant les bassins hydrographiques de la Garonne et de la Dordogne.

Caussade, Grande Caussade

→ Sur le cadastre de Floirac de 1824 sont mentionnés les lieux « Cossade » et « Grande Cossade ». Le tracé proposé de la voie antique est hypothétique, mais suit une ancienne route qui se dirige vers le quartier de Belle-Croix.

Maintes fois vérifié, le terme « caussade » est un toponyme révélateur d’une ancienne route d’importance, type voie romaine. Le terme vient du latin « via calcéata » : de calx, talon, chaussée foulée aux pieds, tassée.

A Floirac, les deux lieux-dits situés côte à côte, sont encadrés au sud par le chemin que nous pensons être une ancienne voie se dirigeant vers l’Est (voir l’image ci-dessous, tracé approximatif en rouge), et au nord par la route de Bordeaux à Paris, correspondant à l’ancienne voie romaine allant à Périgueux par Vayres. Dans le même secteur devait se situer un embranchement pour aller vers le Nord à Saintes (par Blaye).

Le terme Caussade signale donc de toute évidence une route d’importance ici, empruntant le chemin le plus direct venant de Bordeaux, la route de la Benauge correspondant au tracé de l’ancienne voie gallo-romaine, pour franchir l’obstacle des coteaux et rejoindre les grandes routes de crêtes se dirigeant vers le Nord (Saintes), le Nord-Est (Périgueux par Vayres) et l’Est (Entre-deux-Mers).

Si nous continuons le chemin au sud des lieux nommés Cossade et Grande Cossade, nous arrivons au lieu dit « Belle Croix ».

Belle croix

→ Le lieu Belle Croix, croisement probable d’anciennes voies antiques, en rouge se dirigeant vers l’est, et en vert vers Paris.

Les carrefours et intersections de routes antiques ont laissé des noms souvent très caractéristiques, telle que Belle-Croix pour un croisement remarquable de deux voies (quatre branches formant une croix).

Ici, le quartier de Belle-Croix à Floirac était un important carrefour où la voie antique venant de Bordeaux par la côte de Monrepos (image ci-dessus – en rouge), croisait une autre vieille route venant du bas Floirac et se dirigeant au Nord pour rejoindre probablement la route vers Vayres.

Antériorité des tracés

→ le réseau viaire autour de Belle-Croix

Sur cette image, tirée du cadastre Napoléonien (1824), on peut observer que les chemins secondaires surlignés en vert sont interconnectés avec le réseau de Belle Croix et la probable voie antique, de façon plus cohérente qu’avec la grande route rectiligne de Bordeaux à Branne qui semble elle couper le réseau viaire de manière artificielle, ce qui prouve que sa création est bien postérieure aux autres tracés, et donc à notre probable voie d’origine antique.

Entre Belle-Croix et Mélac

→ de Belle-croix à Mélac, l’ancienne voie est matérialisée par une route puis par un alignement remarquable de limites de parcelles

Depuis Belle-Croix, nous pouvons suivre sur le cadastre Napoléonien une ancienne route aujourd’hui disparue qui se dirigeait vers l’Est, en passant par les lieux-dits « la Gardelle », « Saint-Leu » (une ancienne chapelle disparue ?) et « Dorcin ». A partir de Dorcin, c’est-à-dire juste après avoir coupé la rocade actuelle, le chemin n’existe plus déjà en 1824 mais est clairement prolongé par des limites parcellaires jusqu’à Mélac.

La Grande Auberge

→ le lieu dit  « La Grande Auberge » à Tresses-Mélac

Après « avoir traversé » la rocade, le tracé passe sur le territoire de la commune de Tresses-Mélac, et plus précisément par le lieu-dit « La Grande Auberge » (voir images ci-dessus).

Inévitablement, ce genre d’établissement est bien présent le long de voies de communications importantes. Ici, le lieu-dit semble clairement positionné sur le tracé de la voie antique et non sur l’actuelle D936 située 250m plus au Nord.

Le toponyme semble perpétuer le souvenir d’un établissement d’accueil des voyageurs le long de cet itinéraire.

Mélac

→ l’ancienne paroisse de Mélac

Juste après la Grande Auberge, le tracé de la voie passe par le lieu-dit Mélac. Aujourd’hui sur le territoire de Tresses. Mélac était une paroisse indépendante, annexée à Tresses à partir du XIIIe siècle. Son église, aujourd’hui disparue, était dédiée à Saint-Siméon.

En toponymie, les noms de lieux se terminant en –ac ou –an dans les pays de langue d’oc permettent d’identifier des villages issus de villae gallo-romaines. En effet, ces suffixes sont des héritiers du suffixe gaulois –acos, latinisé en -acum qui, entre le IIe et le IVe siècle, servit à baptiser nombre de villae gallo-romaines.

Mélac constitue donc l’héritière d’une ancienne villa gallo-romaine (au même titre que Floirac, Bouliac ou Carignan), probablement implantée un peu en retrait de la voie antique, sur le plateau environnant au sud.

À la fin du XIXe siècle, un paysan de Mélac, en faisant défoncer une pièce de terre pour y planter de la vigne, a découvert à 0,60m de profondeur deux sarcophages en marbre blanc des Pyrénées, garnis encore de leurs couvercles et le tout en parfait état de conservation. Ces cuves de marbre, de différentes grandeurs, renfermaient chacune un squelette lorsqu’on les a mises à jour. Malheureusement les sources ne stipulent pas l’endroit exact de la trouvaille et la trace de ces deux sarcophages a été perdue depuis !

Autre fait remarquable, Mélac est implanté à l’intersection de la voie antique et d’un vieux chemin Nord-Sud reliant Bouliac à Tresses (voir image ci-dessus).

Le quart sud-est de cette intersection est occupé par une zone dont la forme « ovoïde » est singulière. Ce lieu est appelé « la cerière » sur le cadastre de 1824, puis « la peirière » sur la carte d’Etat-Major du XIXe siècle et « la perrière » sur les cartes actuelles.

Ces toponymes, souvent initiés par les cultivateurs, indiquent la présence de pierres dans les champs, en général des fondations arasées, qui ont rendu le travail du champ difficile. Dans notre cas il peut aussi provenir du caractère « empierré » de la voie antique, voir des deux hypothèses en même temps.

Au sud de Tresses

→ Lègèrement surligné en rouge, le tracé de l’ancienne voie révélé par les limites parcellaires qui s’alignent.

Après Mélac, on peut encore suivre cet ancien itinéraire à la trace en observant les limites de parcelles qui s’alignent remarquablement sur le cadastre jusqu’à rejoindre le chemin de Cadène, limite de commune entre Tresses et Carignan-de-Bordeaux.

Plus impressionnant, le tracé est encore parfaitement visible dans le paysage actuel (voir photo ci-dessus) et nous laisse apprécier à quel point il a marqué de son empreinte cette zone.

Sur place on constate que ce tracé en courbe permet de rester constamment sur la ligne de crête.

La Chausse

→ le domaine de La Chausse

Au sud de la commune de Tresses, situé entre la D936 et le tracé de l’ancienne voie, se trouve un lieu-dit appelé « la chaux » sur le cadastre napoléonien (1824), et « la chausse » sur les cartes de Belleyme (1787) et de Cassini (1750).

Au même titre que « caussade » (voir plus haut), «la  chausse » est un toponyme dérivé de « calciata », la voie, fréquemment rencontré le long des anciens axes importants. On le trouve aussi sous la forme de « Chemin Chaussé », « la Chaussée », « la Chaussairie », etc.

Certes le nom pourrait venir aussi bien de la grande route rectiligne (D396) déjà en place en 1750, que de la voie antique, mais on observera que le parcellaire du domaine est axé sur la voie antique (image ci-dessus en rouge) et que les bâtiments ont gardé le même alignement que celui de la voie.

Ce qui laisse penser que l’implantation du domaine est intimement liée à la présence de cette route, et que si les orientations des parcelles et des bâtiments en gardent le souvenir, alors il n’est pas impossible que le nom du lieu en fasse de même.

Fargues-Saint-Hilaire

→ l’arrivée de la voie à Fargues Saint-Hilaire

Après « La Chaux », le tracé arrive à Fargues Saint-Hilaire par le chemin de la Cadène (image ci-dessus – en jaune).

Si aujourd’hui ce chemin fait un coude à angle-droit vers le nord pour rejoindre la D936, le cadastre de Carignan de 1812 montre un alignement de parcelle dans l’axe du chemin de la Cadène qui semble faire la liaison logique avec la D936 à son arrivée dans Fargues. D’ailleurs cet alignement sert alors de limite de commune entre Tresses et Carignan (voir section suivante).

Ainsi, à partir de ce point, la voie antique et l’actuelle D396 se confondrait au moins pour la traversée de Fargues Saint-Hilaire.

Limites de communes

→ limites de communes entre Tresses, Bouliac et Carignan-de-Bordeaux

Depuis le XIXe siècle, la plupart des chercheurs qui ont étudié les voies romaines remarquent que leur tracé coïncide fréquemment avec les limites de communes. Les exemples abondent.

La méthode régressive permet d’expliquer ce phénomène. Les limites communales sont calquées sur les anciennes limites des paroisses. Ces dernières, fixées pour la plupart antérieurement au XIIe siècle, s’appuyèrent souvent sur de vieux axes routiers alors encore en usage et qui remontaient à la période gallo-romaine. C’est ainsi qu’il est des séparations entre certaines communes actuelles qui perpétuent les limites de domaines gallo-romains (fundi). Sur la portion qui nous intéresse, nous en avons un très bon exemple (voir image ci-dessus).

La limite entre Carignan et Tresses correspond au chemin de Cadène sur 650m, qui lui-même se superpose à la voie antique. Le cas devrait être encore plus frappant si les limites de commune n’avaient pas changées avec le temps. En effet, au début du XIXe siècle, comme nous l’avons vu plus haut, la limite de commune entre Tresses et Carignan suivait l’alignement logique de la rue de la Cadène jusqu’à l’entrée de Fargues (en pointillés violets sur l’illustration), le décrochage triangulaire de territoire n’existant pas. Dans ce cas, la voie antique et la limite des communes se confondraient sur 1400m.

D’ailleurs le nom « cadène » vient de “cadena” qui veut dire “chaîne” en occitan. Il est à comprendre dans le sens de limite, frontière, ce qui est bien le cas ici.

La Belle Étoile

La limite entre Bouliac, Tresses et Carignan coïncide avec le lieu-dit la Belle Étoile. De la même façon que « Belle Croix » désigne un carrefour à quatre branches, la « Belle Étoile » indique ici un carrefour d’au moins cinq branches formant une étoile. Le fait que cette intersection ait été nommée ainsi et que ce nom ait traversé le temps indique son importance. Sur la carte d’État-Major datant du début du XIXe siècle, nous pouvons effectivement observer cinq routes qui partent du carrefour.

→ le croisement de la Belle Étoile sur la carte d’état-major du XIXe siècle

Le chemin n°1 part au nord-ouest et fait un coude presque immédiatement pour rejoindre le tracé de la voie antique (image ci-dessus en rouge), puis continuer vers Tresses (D936 E5 actuelle). L’orientation du tracé, l’alignement des parcelles dans le cadastre et les traces relevées sur les photos aériennes, montrent que le tracé initial devait se prolonger en ligne droite au nord-ouest pour rejoindre l’ancienne voie antique juste avant Mélac.

Il semblerait qu’à partir d’une certaine époque (création de la grande route royale de Bordeaux à Bergerac, actuelle D936 ?), la voie antique ait logiquement perdu de son utilité et que son tracé ait commencé à se modifier. Le chemin suivant l’axe 1-3 serait peut-être à l’origine une déviation tardive de la voie antique à la sortie de Mélac pour rejoindre Carignan plus directement (chemin N°3).

Le chemin N°2 (début du chemin de Cadène actuel) semble contemporain de la voie antique car il se relie directement à celle-ci en oblique dans une rectitude remarquable (plus visible sur photo aérienne que sur l’image ci-dessus) et ne paraît pas se prolonger au nord-est après celle-ci. Par contre, il se prolongeait en ligne droite parfaitement alignée au sud-ouest de la Belle-Etoile (tracé N°4) pour rejoindre directement Bouliac (vico Vodollacensi, nom de Bouliac dans l’antiquité)

Là encore, les traces au sol repérées sur les photos aériennes, les alignements remarquables des limites de parcelle sur le cadastre nous permettent de retrouver son tracé. C’est un chemin de crête qui passe par les points les plus élevés. De plus, la portion entre le carrefour de la Belle Étoile et la voie antique, sert de limite de commune entre Carignan et Tresses. Il semble donc que le chemin 2-4 soit l’embranchement d’origine partant de la voie antique pour rejoindre le bourg de Bouliac.

Le chemin N°5 n’existe plus, mais son tracé sert toujours de limite aux communes de Bouliac et de Tresses. Cet état de fait peut faire penser à un très vieux chemin, contemporain de la voie antique et de l’axe 2/4, mais le fait qu’il démarre du carrefour de la Belle Etoile laisse penser qu’il est plus tardif.

Ce chemin, encore en service au milieu du XIXe siècle, permettait de relier le bourg de Bouliac en passant par ce qui est maintenant le domaine Despagne, proche d’une des sources de la Jacotte. Cette particularité a pu motiver une implantation particulière (villa, exploitation, habitat ?) assez importante pour attirer les routes à elle et servir de point de repère pour les limites de paroisse.

En détaillant ces différents chemins, nous avons pu constater la difficulté qu’il y a à trier et classer chronologiquement leurs tracés. Comme souvent, rien n’est figé, et l’importance de tel ou tel chemin à évoluée aux grés des aménagements du paysage par l’homme et de ses activités économiques.

Ce qui est sûr c’est que nous avons dans le secteur de la Belle Etoile, un nœud remarquable de chemins, basé sur la voie antique et ses liaisons secondaires servant à rejoindre les différents plateaux environnants, sans doute occupés par des établissements gallo-romains.

Cet ensemble de ramifications a notamment dû être fortement impacté par la création de la route royale au XVIIIe siècle qui a rendu l’ancien tracé de la voie antique beaucoup moins indispensable.

→ Le réseau des chemins autour de la belle étoile et les connexions avec la voie antique

Alignement des parcelles

→ Le tracé de la voie (en rouge) et les limites de parcelles subordonnées (en jaune)

L’illustration ci-dessus montre le tracé de la voie antique (en rouge) et les axes des parcelles (en jaune) ayant un alignement remarquable (parallélisme ou perpendicularité) avec le tracé de la voie.

On constate que tout le long du parcours, sur la portion étudiée entre Belle Croix (Floirac) et les Bons Enfants (Fargues Saint-Hilaire), les cas sont multiples (sources en majorité venant du cadastre Napoléonien de 1824).

C’est donc bien cet axe là qui a structuré et marqué durablement le paysage dans cette zone, contrairement à la voie route royale parallèle (D936) qui a finalement eu bien moins d’influence sur les parcelles environnantes

→ Le tracé de la voie (en rouge) et les bâtiments alentours existant au début du XIXe siècle (en jaune)

De même, en mettant en évidence les constructions existantes au début du XIXe siècle (image ci-dessus, en jaune), on constate qu’elles sont principalement réparties le long de la voie antique et pour la plupart alignées sur celle-ci, renforçant l’idée d’un axe structurant majeur du paysage sur la zone étudiée.

Conclusion

Grâce à divers indices nous avons pu mettre en évidence un ancien tracé de direction Est-Ouest reliant de façon certaine à minima le quartier de Belle-Croix à Floirac, au quartier des Bons Enfants à Fargues-Saint-Hilaire.

Plus largement ce tracé semble correspondre au début d’un chemin de crête d’origine sans doute très ancienne, partant de Bordeaux et pénétrant dans l’Entre-deux-Mers sur la ligne de séparation des bassins hydrographiques de la Dordogne et de la Garonne.

Certains indices laissent penser que le tracé ait été aménagé à l’époque romaine, mais seules des sondages sur le terrain permettront de le confirmer avec certitude. Les zones propices à de telles vérifications sont malheureusement peu nombreuses et risquent de disparaître dans les prochaines années.

On pense notamment à la zone directement â l’Est de Mélac, ou encore mieux, au champ dans le prolongement est du chemin de Cadène qui semble lui héberger une portion encore indemne de la voie.

Il est amusant de constater que bien que la route actuelle dite de Branne (D936) ait toutes les caractéristiques d’une voie romaine dans l’imaginaire populaire, notamment de par sa rectitude, elle n’est en fait qu’une création tardive (XVIIIe siècle) venant remplacer l’ancien tracé plus sinueux.

La question de la destination de cette voie reste entière. Si nous partons du principe que ce tracé est très ancien, alors nous pouvons imaginer que comme la majorité des routes protohistoriques, il a dû rester le plus longtemps possible sur les lignes de crête pour éviter les zones humides, les rivières à traverser et le les fortes pentes.

Partant de ce principe, le tracé théorique qui permet de s’enfoncer le plus à l’Est possible en Entre-deux-Mers sans jamais couper aucun cours d’eau correspond en fait à la D936 jusqu’à la Planteyre au sud de Salleboeuf, puis de suivre la D671 pour aller jusqu’à Créon, La Sauve, le nord de Targon, Bellebat et finalement Baigneaux.

A partir de ce point, la rivière Engranne représente une frontière naturelle Nord/Sud. D’ailleurs « Engranne » signifie frontière, et ce cours d’eau a réellement constitué une frontière pour les peuples à de nombreuses époques.

Ceci étant dit, on ne connait pas de pôle économique ou social assez fort situé au centre de l’Entre-deux-Mers pouvant avoir constitué une finalité de destination d’une telle voie à l’époque antique. Il est plus probable qu’à l’époque romaine, cette voie ait servi de pénétrante pour desservir les nombreuses villas gallo-romaines situées au cœur de l’Entre-deux-Mers.

Avant cela, l’éperon barré de Roquefort à Lugasson, occupé depuis le Néolithique, a pu jouer un rôle attractif fort pour les voies de communication. D’autant plus que sa position sur l’Engranne, au cœur de l’Entre-deux-Mers, prédisposait sans doute cet oppidum à jouer un rôle politique important.

Malheureusement les études sur les anciennes voies de communication en Entre-deux-Mers sont peu nombreuses. Si l’existence d’une route globalement est/ouest suivant la ligne de séparation des bassins hydrographiques de la Garonne et de la Dordogne semble, nous l’avons vu, plus que probable, son tracé exact reste à trouver.

On étudiant la question, nous avons surtout eu l’impression d’avoir à faire à un maillage complexe de voies de communication, où les voies Nord-Sud sont nombreuses et plus clairement identifiables.

Dans un pays Entre-deux-Mers qui porte bien son nom, encadré par deux voies fluviales majeures qui jusqu’à la fin du XIXe siècle ont constitué les principaux axes de transport pour les marchandises et pour les hommes, il n’est pas étonnant que ces axes nord/sud aient été plus pertinents à mettre en place que des axes horizontaux est/ouest.

Finalement, la force de l’Entre-deux-Mers depuis la nuit des temps, ses deux « mers »,  constituant des axes économiques majeurs, a induit un déséquilibre d’infrastructure dans les « terres » en ne rendant pas nécessaire l’existence d’une voie de communication terrestre majeure qui aurait pu catalyser la création d’un centre urbain majeur au cœur du pays.


Bibliographie

– Gérard Coulon, Les Voies romaines en Gaule –Promenades archéologiques, éditions errance, 2007
– Stéphane Gendron, La toponymie des voies romaines et médiévales – Les mots des routes anciennes, éditions errance, Paris, 2006
– Hubert Sion, Carte Archéologique de la Gaule – La Gironde 33/1, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Ministère de la Culture, 1994
– Jean-Yves Eveillard, La Voie Romaine de Rennes à Carhaix – recherches autour d’un itinéraire antique, Centre de recherche bretonne et celtique, 1975
– L. Drouyn, Actes de l’Académie Nationale des Sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, 1870, p.330 ; http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k33968d/f327
– Société Archéologique de Bordeaux (1874), p.XXX ; http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k34343n/f30
– A. Dauzat & Ch. Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, Librairie Guénégaud, Paris, 1963

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(3D) ancienne carte postale de la rue principale de Carignan-de-Bordeaux

(3D) ancienne carte postale de la rue principale de Carignan-de-Bordeaux

Vieille carte postale de la rue principale de Carignan-de-Bordeaux (aujourd’hui rue Augustin Daureau) datant de 1910. Merci à Nicolas Jousse pour le scan de la carte à Joëlle Duranteau pour la date 

À droite on voit l’épicerie mercerie, plus tard devenue boucherie charcuterie et alimentation. On peut encore observer aujourd’hui sur la façade les lettres peintes des deux commerces… Pensez-y la prochaine fois que vous passez devant. La rue principale, la place de l’église et son bar ainsi que ce commerce ont longtemps constitué le coeur actif de la vie du village (avant la création des grandes surfaces, mais c’est une autre histoire…).

À gauche, la première maison possède une inscription de commerce sur sa façade, mais on arrive pas à lire clairement. Quelqu’un aurait il la réponse ? Juste après, on voit un tas de tuiles posées contre le mur devant un hangar. Est-ce qu’un charpentier-couvreur avait là son atelier ? Si quelqu’un a des infos… Le hangar a fait place à un mini parking, mais sur le Street View de 2008 on peut encore le voir…

Au fond à droite, le muret et son joli portail, ont laissé place aujourd’hui à un parking derrière la bibliothèque.

Enfin, le dernier bâtiment sur la droite est bien le même que j’ai évoqué dans mon dernier post (carte postale de la place). Sa destruction (avant 1947) a considérablement agrandie la place de l’église.

Comme d’habitude, bougez la souris au dessus de l’image ci-dessous pour l’animer.

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(3D) Place de l’église à Carignan-de-Bordeaux

(3D) Place de l’église à Carignan-de-Bordeaux

Voici un traitement “3D” d’une vieille carte postale de Carignan-de-Bordeaux (merci Nicolas Jousse pour celle-ci). On reconnait la place du Bourg/de l’église/Gonfreville avec plusieurs habitants de Carignan de l’époque qui prennent la pause. La Carte postale date du début du XXe siècle.

Le bâtiment que l’on peut voir sur la gauche n’existe plus aujourd’hui (détruit avant 1947). Cette habitation rendait la place beaucoup plus exiguë…

Prenez le temps de bouger la souris au dessus pour animer l’effet de profondeur!

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(3D) Lavoir Saint-Martin à Carignan-de-Bordeaux

(3D) Lavoir Saint-Martin à Carignan-de-Bordeaux

Voici le lavoir Saint-Martin, situé en contre-bas de l’église de Carignan-de-Bordeaux, au début du XIXe siècle.

L’endroit a bien changé aujourd’hui, beaucoup plus de végétation, mais le lavoir est toujours là !

Comme d’habitude, passez votre souris au dessus de l’image pour la voir s’animer…

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Image 3D du Palais de l’Ombrière

Image 3D du Palais de l’Ombrière

Traitement “3D” d’une aquarelle d’Auguste Bordes datant de 1840 et représentant le Palais de l’Ombrière, siège des ducs d’Aquitaine depuis le XIe siècle. Ce palais hétéroclite occupait un vaste espace situé à l’ouest de la place du Palais, greffé sur l’angle sud est de la muraille romaine. Aujourd’hui, la rue du Palais de l’Ombrière passe au milieu de l’espace qu’occupait le palais. L’appellation “ombrière” du palais viendrait de la place devant le palais qui était couverte d’arbre procurant beaucoup d’ombre…

Il ne reste aujourd’hui rien du Palais de l’Ombrière, détruit à partir de 1798. L’aquarelle d’Auguste Bordes, sans doute elle même inspirée par des dessins plus anciens du XVIIe siècle, ne représente curieusement pas deux éléments pourtant emblématiques du Palais : la tour du Roi, qui aurait du se trouver à gauche du dessin, avec ses trois étages voûtés et ses deux tourelles d’encorbellement, et la tour de l’Arbalesteyre, véritable donjon roman à l’origine du Palais, qui aurait dû détacher son imposante silhouette à droite du dessin, juste après la porte encadrée de deux tours.

Par contre, on distingue bien la “grande salle” au milieu de l’image, initialement destinée aux assemblées, réceptions et autres événements. La tour accolée à ce grand bâtiment central serait une ancienne tour romaine faisant partie de la première enceinte de Bordeaux.

Voici quelques points de repère pour situer l’emplacement du Palais aujourd’hui. La rue qui part au fond à droite est la rue des Argentiers. Les arbres à droite annoncent la place du Palais. Les belles maisons à colombages collées au Palais faisaient partie de la rue Poitevine, aujourd’hui disparue car détruite lors de la création du cours d’Alsace-et-Lorraine. La porte encadrée par des tours à droite du dessin, correspond (grosso-modo) à l’entrée de la rue du Palais de l’Ombrière en haut de la place du Palais.

Source de l’aquarelle d’Auguste Bordes :  https://archives.bordeaux-metropole.fr/galerie/galerie/images/7/page:1/n:46

Olipix71Image 3D du Palais de l’Ombrière
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Image 3D de la place du Vieux Marché à Bordeaux

Image 3D de la place du Vieux Marché à Bordeaux

Image 3D de place du vieux marché à Bordeaux, aujourd’hui place Fernand Lafargue.

Au premier plan à gauche débouche sur la place la rue des épiciers, aujourd’hui rue du Pas Saint-Georges. La maison qui en fait le coin se trouverait à l’emplacement de l’actuel bar Apollo.

Au milieu au fond, on devine un passage entre les maisons fermé par une grille. Ce passage n’existe plus, mais permettait à l’origine d’atteindre le ruisseau du Peugue depuis la place du marché. D’après Léo Drouyn, ce passage portait le nom de rue Galinière.

Au fond en face, part une rue qui rejoint la place Sainte-Colombe au milieu de laquelle se trouvait l’église éponyme, qui a donné sa forme si particulière à cette pittoresque place.

Au coin de cette rue et de la place se trouve une belle maison à colombages, pour laquelle j’avais déjà fait une animation “avant/après” : http://olivierboisseau.com/…/animation-avant-apres-vielle-…/

Enfin au milieu de la place, on peut voir la croix du Marché, qui fut déplacée, le 18 juillet 1759, par ordre de M. de Tourny, alors intendant, pour être transplantée sur la place Sainte- Colombe. Elle n’existe plus aujourd’hui…

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Animation 1865/2016 – ancienne rue du Peugue à Bordeaux

Animation 1865/2016 – ancienne rue du Peugue à Bordeaux

L’ancienne rue du Peugue prise en 1865 par Alphonse Terpereau, (et en 2016 par moi) avant sa destruction partielle pour créer le Cours d’Alsace-et-Lorraine. On distingue au fond la porte médiévale dite de Toscanan qui permettait de rentrer dans la ville nouvellement fortifiée au XIIIe siècle (au niveau des rues de la Porte-Basse et de Cheverus).

Au premier plan à gauche, on peut voir une tour émerger des habitations. C’est une tour romaine appartenant à la première enceinte de la ville (IIIe siècle) qui serait aujourd’hui située au niveau de l’arrêt du Tram.

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Animation 1865/2016 – la porte Toscanan à Bordeaux

Animation 1865/2016 – la porte Toscanan à Bordeaux

La porte Toscanan prise de l’intérieur de la ville en 1865 par Alphonse Terpereau et en 2016 ! Difficile de s’y retrouver…

Il s’agit de l’angle formé par la rue Cheverus et le cour d’Alsace-et-Lorraine. Cette partie de la rue Cheverus était alors appelée rue Porte Basse car à droite de la photo s’ouvrait dans la muraille romaine la porte “basse”, déjà disparue en 1865…

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